Retrouver Cathy et Véro

Défi n°1 : Cathy et Véronique

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Cathy Sogorb

Rangée du haut, troisième en partant de la droite, en pull jacquard noir, jaune et blanc

 

Cathy SogorbJ’ai retrouvé Cathy assez facilement, par le biais de ses parents (heureusement qu’il y a encore des gens qui ont un téléphone fixe qu’on peut trouver sur l’annuaire). Elle habite depuis quelques années dans un petit village près de Limoux, à une quarantaine de kilomètres de Lavelanet. Je lui ai passé un coup de fil et elle m’a proposé de venir chez elle, à Ajac.

J’ai donc pris ma voiture par une belle journée d’août pour aller lui rendre visite, en empruntant la très jolie route qui passe par Chalabre.

Nous n’étions pas spécialement proches, mais je me souviens de Cathy comme quelqu’un de souriant, avec qui il était facile de communiquer, et je l’ai retrouvée 37 ans après, toujours avec son sourire. Elle vit dans l’Aude depuis neuf ans, avec celui qui est aujourd’hui son mari. Elle travaille chez Leclerc à Limoux, à la mise en rayon. Elle a été employée dans le commerce toute sa vie, dans une boulangerie au départ, en supermarché par la suite.

La fille et le piano

Première surprise, Cathy avait un rêve. Youpi ! J’en tiens une ! Elle voulait être pianiste classique. Ça, c’est un rêve qui a de la gueule. Elle a commencé le piano à l’âge de onze ans et demi par des cours particuliers. N’allez pas penser qu’elle vient d’un milieu particulièrement aisé. Non, sa mère était ouvrière chez Roudière, la plus grosse usine textile de la région, et son père était mécanicien de machines textiles. Malgré ce contexte peu propice, non seulement ses parents lui ont payé des cours particuliers, mais en plus ils lui ont acheté un piano. Pour que les parents donnent le feu vert à cette passion et y investissent, j’imagine que Cathy a su se montrer très convaincante dans son désir de devenir pianiste.

Pendant toute l’année de troisième, c’est-à-dire l’année de la photo, elle est allée au conservatoire de Toulouse une fois par semaine. « Mes parents m’ont autorisé ce rêve, de pouvoir faire une année de conservatoire. » Chaque mercredi, Cathy prenait le bus, et sachant qu’à cette époque, il fallait presque deux heures pour aller de Lavelanet à Toulouse en bus, mieux valait être motivée !

Je compte, tu comptes, elle compte…

Mais badaboum, le rêve s’est arrêté net à la fin de la troisième. En fait, cette année-là était sa seconde année de troisième. Elle avait redoublé, espérant entrer en seconde à Mirepoix, dans la section Art, ce qui lui aurait permis de continuer sa passion. Mais son dossier n’était pas assez bon. À part les maths et la physique qui lui plaisaient, les notes dans les autres matières laissaient à désirer. Au final, devinez vers quoi elle a été orientée ? Je vous le donne en mille Émile ! L’une des trois cartes magiques du conseiller d’orientation est sortie du tiroir. Attention, roulement de tambour… Et ce sera compta ! Bim !

Les feux de l’amour

Cathy est partie en pension à Saint-Girons (environ 70 kilomètres de Lavelanet) pour un BEP/CAP comptabilité. Quand elle a eu son diplôme, elle a arrêté l’école bien que les profs aient essayé de la convaincre de continuer. Car voilà, Cathy était amoureuse. Ses parents étaient très stricts, notamment son père qui devait voir d’un mauvais œil que sa fille unique passe trop de temps toute seule avec un gaillard de neuf ans plus âgé qu’elle. Il était bien sûr hors de question qu’elle vive avec lui sous le même toit, hors mariage. Qu’à cela ne tienne, Cathy et son tourtereau se marient. À dix-huit ans, elle allait enfin pouvoir roucouler avec son chéri dans leur petit nid douillet.

De cette union, une fille, Marion, naîtra trois ans plus tard, puis un garçon, Benjamin, quatre ans après Marion. Après un peu plus de 17 ans de mariage, le couple se sépare et divorce. Il y a treize ans, Cathy a rencontré le compagnon avec qui elle vit maintenant. Elle a quatre petits-enfants et se sent très heureuse aujourd’hui.

Artiste, au doigt et à l’œil

Quant au piano, il ne l’a jamais vraiment quitté, soit en pension chez ses parents, soit avec elle. Elle a essayé de s’y remettre après quelques années d’arrêt, mais déjà les automatismes l’avaient quittée, et puis les enfants, le travail, la vie quotidienne quoi, ont eu raison de son amour musical. Il est aujourd’hui chez elle mais elle n’en joue pas. « Je ne peux pas m’en séparer, ça représente tellement pour moi, ça a été un gros sacrifice pour mes parents ». Lorsque je lui demande si elle compte s’y remettre un jour, elle ne dit pas non : « J’aimerais bien m’y remettre, mais ce n’est pas simple. J’ai oublié, je jouais très vite, tout était automatisme, et j’ai perdu toutes mes partitions. Peut-être que je m’y remettrai quand je serai à la retraite ? »

Pour l’instant, artiste dans l’âme, elle a trouvé une autre passion, la photo. Pour ses cinquante ans, son frère lui a offert une enveloppe (pleine 😊) et elle a choisi de s’offrir un appareil photo, qu’elle a complété il y a trois mois en achetant un zoom. Ce qui lui plaît le plus, c’est faire des portraits et saisir des détails du quotidien.

L’amour, toujours l’amour

Cathy n’a pas de regrets. « Ça sert à rien d’avoir des regrets, les choses sont faites et on ne peut pas revenir en arrière ». Pour ce qui est des projets, elle veut juste continuer d’être heureuse comme elle l’est aujourd’hui, vivre avec son chéri et voir ses enfants et petits-enfants le plus souvent possible.

 

Véronique Tignol

Rangée du bas, 3e en partant de la gauche, en pull jacquard bleu marine, blanc et rouge (grande époque du pull jacquard).

 

Véronique TignolGrâce à mon amie Christine, j’ai su que Véronique travaillait à Bricomarché. J’y suis donc allée et nous avons convenu d’un rendez-vous à la terrasse d’un café, après le travail. De mes souvenirs d’école, je gardais l’image de quelqu’un de discret, presque timide. Dès que je la vois et que je commence à parler avec elle, je découvre quelqu’un dont je ressens immédiatement le caractère, une certaine force. Rien à voir avec la jeune fille effacée de mon souvenir.

Chaleur au foyer, ennui à l’école

La mère de Véronique était femme au foyer, son père mécanicien dans les usines textiles. Il a travaillé à Villeneuve, puis à Castres où il s’occupait de la maintenance de cinq usines. Véro est la cadette d’une fratrie de trois sœurs. « C’était une famille où il y avait beaucoup d’amour, mon père était génial. Même si on se voyait peu à cause de son travail, j’étais très proche de lui. »

Elle me confirme assez vite qu’elle ne se sentait pas très bien à l’école. Les cours ne l’intéressaient pas trop et elle n’arrivait pas à trouver sa place parmi les autres élèves. « J’étais effacée, je subissais ». Après la troisième, elle fait une seconde générale à Mirepoix, puis continue à Foix, en première G comptabilité (et oui, compta encore ! J’arrête les roulements de tambour, il n’y a vraiment plus aucun suspense). « La compta, ça ne me plaisait pas,  mais je ne savais pas quoi faire, alors j’ai pris ça ».

Le goût des autres

Après le bac, elle entre directement dans la vie active, travaille dans divers commerces, jusqu’au jour où elle est embauchée à Bricomarché. C’était il y a trente ans et elle y est toujours, à la caisse. Ça lui plaît d’être en contact avec les gens toute la journée. On lui a bien proposé de travailler dans les bureaux, mais au bout de six mois, elle a demandé à revenir à la caisse, elle ne supportait pas de ne voir personne.

Il y a cinq ans, elle a voulu tenter le concours pour entrer à l’école d’aide-soignante. Pour le préparer, elle a suivi une formation deux jours par semaine (le lundi au LEP Jacquart et le vendredi à Pamiers). Si elle a passé les écrits du concours haut la main, elle a échoué à l’oral. Les places sont chères et l’admission peut se jouer à un demi-point. Alors qu’elle se préparait à repasser le concours, son père, puis sa mère sont tombés malades.

La perte du père

Véronique a abandonné son projet d’école d’aide-soignante pour se consacrer à ses parents. Après plusieurs mois d’une maladie presque surmontée, son père meurt brutalement d’une septicémie foudroyante. Véronique accuse le coup : « J’étais très proche de mon père, il a laissé un grand vide, d’ailleurs, je n’ai pas fait le deuil, il est toujours là.  Mais à sa mort, je n’ai pas pleuré, je ne pouvais pas. » Une apparente indifférence qui semble ne pas être toujours comprise autour d’elle. À la douleur de la perte, sont venus se greffer alors des jugements qui l’ont blessée. « Chacun vit son deuil à sa manière, on n’a pas à juger les gens pour ça. »

Y ‘a en a un p’tit peu plus, je vous l’ mets quand même ?

Quelques mois après, c’est elle qui doit faire face à la maladie. Elle subira une première opération qui lui laissera croire qu’elle est sortie d’affaire. L’année dernière, elle a dû subir à nouveau un passage sur la table d’opération, mais cette fois, elle n’a voulu laisser aucune place à une quelconque rechute et a demandé une opération radicale.

Côté cœur, elle a rencontré le père de ses enfants alors qu’elle n’avait que 15 ans. Ils ont eu deux enfants, Max qui a aujourd’hui 27 ans, et Lisa, 20 ans. La rupture avec son compagnon il y a seize ans a été très douloureuse et a laissé des blessures encore perceptibles aujourd’hui. Depuis, elle a eu deux histoires sérieuses, mais elle est célibataire aujourd’hui.

Enfin le goût de soi

Véronique me confie qu’elle aimerait rencontrer quelqu’un, même si ce n’est pas vraiment une priorité. « Je ne veux pas vieillir seule, mais pour le moment, je pense à moi, je me sens heureuse. En fait, ça fait quatre ans que je me sens bien, depuis le jour où j’ai décidé de penser à moi. J’ai beaucoup donné, j’étais comme ça, j’étais capable de laisser tomber immédiatement ce que j’étais en train de faire pour aller aider quelqu’un qui me demandait un service. Et puis, je me suis sentie seule quand j’ai eu besoin de soutien. Après la mort de mon père et mon cancer, j’ai décidé de mettre des distances avec les autres et de penser à moi. »

Maman poule

Véro est fière de ses enfants. L’aîné a fait des études dans le commerce et gère deux boutiques à Toulouse, sa fille vient de valider sa troisième année de fac d’histoire et va entrer en Master Histoire moderne.
« Je suis fière de ce que sont devenus mes enfants. Ça n’a pas été toujours facile quand j’étais seule avec eux, mais je suis heureuse d’avoir su les guider, qu’ils soient devenus autonomes, qu’ils aient trouvé leur voie et qu’ils soient heureux aujourd’hui. Maintenant, je vais pouvoir vivre pour moi ».

En marche !*

Véro envisage de tenter à nouveau le concours de l’école d’aide-soignante car l’univers paramédical lui plaît. Si elle a un regret, c’est de n’avoir pas su trouver sa voie lorsqu’elle était jeune, pour pouvoir faire les études appropriées.

Pour faire face à ses peines, Véronique a trouvé un réconfort dans des techniques comme la sophrologie, la relaxation ou le yoga, qu’elle pratique seule, chez elle. Elle aime aussi beaucoup marcher. « Ça fait partie de ma thérapie, ça m’aide à me ressourcer. Ça a été ma façon de faire front au départ de mon père. Il était très présent, il m’aidait beaucoup. Je lui parle encore, il n’est pas là physiquement mais je le sens près de moi. »

 

* Heu… non, je suis désolée, c’est pas Macron qui a inventé la formule…


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2 thoughts on “Défi n°1 : Cathy et Véronique

  1. Parfait! Je me reconnais vraiment. Heureusement que tu avais ton dictaphone 😂 car comment se souvenir de toute notre conversation à bâton rompu sinon? Allez, j’avoue, j’ai adoré. Bisous et surtout bonne continuation

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