Le jeûne

Le jour où j’ai arrêté de manger

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Comment j’ai découvert le jeûne ?

Il y a trois ans, j’ai du faire face à une allergie assez sévère. Pendant près de trois semaines, j’ai cru avoir un gros rhume dont je ne pouvais me débarrasser. En désespoir de cause, j’allais voir mon médecin qui m’annonça qu’il n’y avait rien d’infectieux, mais qu’il s’agissait d’une rhinite allergique. La cause était probablement la poussière, dans un environnement de travail peu sain. Le médecin me prescrivit un spray nasal à la cortisone, que je pris immédiatement pour parer au plus pressé.

En prévision d’autres crises à venir, je me mettais en quête de moyens naturels capables de soigner les allergies de façon durable. C’est ainsi que mon ami Google m’aiguilla vers cette thérapie qui soigne par le vide : le jeûne.

Quoi ? Ne plus manger ? Non mais, vous êtes sérieux ?

Autant vous dire que ma réaction a été celle de la plupart des gens quand on leur parle de ne plus manger. Non mais, sérieusement ? Ce n’est PAS POSSIBLE ! Outre le fait que notre estomac se dresse vent debout à l’énoncé d’une telle aberration, notre cerveau monte aussi au créneau, conditionné par des années de thérapie gastronomique. Vous aussi avez certainement entendu cette phrase qui n’appelait aucune contradiction lorsque enfant, cloué au lit par une rougeole ou autre maladie infantile, vous refusiez de vous nourrir : « Mange, il faut que tu manges si tu veux guérir ».

Les repas au centre de la vie

Pour ma part, je viens d’une famille de gros mangeurs. Quand je dis gros mangeurs, je ne parle pas de poids, mais d’appétit. Même si, fort heureusement, mes frères et sœur et moi-même avons été nourris avec une alimentation simple et saine, manger était une affaire sérieuse et le remède à presque tout. J’en garde un rapport très ambiguë avec la nourriture qui peut parfois m’amener à manger de façon compulsive. Mais ce n’est pas le sujet ici et cela fera certainement l’objet d’un autre article. Quoiqu’il en soit, nous vivons dans une société qui nous serine depuis l’enfance qu’il faut prendre trois repas par jour sous peine de graves dysfonctionnements. Comment dans ce cas accepter l’idée de ne plus manger ?

Le documentaire qui fait ouvrir les yeux

Jeûner pour guérir : je trouvais l’idée intéressante, mais m’en croire capable, c’était une autre histoire. Je continuais à farfouiller dans les rayons de Google à la recherche de témoignages sur l’efficacité d’une telle méthode et je tombais finalement sur un documentaire qui acheva de me convaincre. Je vous invite vraiment, vraiment, vraiment, à le regarder. Non seulement, il est agréable à suivre, explique bien comment le jeûne agit sur le corps, et est également étayé par de nombreux témoignages et cas concrets. Ce film est passé il y a quelques années sur Arte et vous pouvez le trouver dans la boutique Arte (2,99 € à la location, un coût minime pour un énorme bénéfice) : Le jeûne, une nouvelle thérapie. Si vous comprenez l’anglais, il est accessible gratuitement en version anglaise sur YouTube : Science of fasting.

Mon premier jeÛne

Descente alimentaire mon cher Watson !

Une fois la barrière mentale dépassée et la décision prise, mon optimisme ne connaissait plus de limites. Je décidais donc de jeûner une semaine (rien que ça !) J’avais prévu de commencer pendant le week-end et de prolonger l’expérience pendant ma semaine de travail (comme j’étais mignonne quand j’y pense !). En bonne élève, j’observais scrupuleusement les recommandations dispensés par des jeûneurs avertis. J’ai donc respecté la descente alimentaire la semaine précédent le jeûne. Ce terme désigne le fait de supprimer peu à peu certains aliments de notre alimentation, pour finir, le jour avant le démarrage du jeûne, par ne manger que des légumes et des fruits. Cette précaution permet de préparer le corps, sans trop de violence, à la privation de nourriture. Après le jeûne, la reprise alimentaire, processus inverse, permet de réintroduire peu à peu une nourriture variée dans notre alimentation.

Enquête, reportage et investigation

Pour donner à toute l’histoire un aspect rigoureux, j’avais à portée de main mon dictaphone pour enregistrer mes impressions au fil de l’eau. Lorsque plusieurs mois et quelques autres expériences de jeûne plus tard, j’ai réécouté mon premier enregistrement, j’ai éclaté de rire. Je précise que j’avais commencé le jeûne le samedi matin et que, par rapport à mon rythme habituel, il n’y avait réellement que deux heures que je jeûnais. Ça donnait à peu près ça : « Samedi, 10 heures du matin, j’ai très faim, c’est très dur. » Ha ha ha ! Comme quoi, tout est relatif et du conditionnement de notre esprit dépendent nos sensations.

1er jour : J’ai faim !!!!!!!

J’ai donc passé cette première journée avec la faim au ventre. Nous étions en juin et c’était le début de l’hiver (je rappelle aux nouveaux que je vis dans l’hémisphère sud), ce qui ne facilitait pas la chose. Il faisait froid et mon corps se révoltait d’être ainsi soumis à restriction. Ma cuisine/salle à manger/salon, ma pièce à vivre donc, dépourvue de son coin chaud où mijotait ma popote, ressemblait soudain à une cellule monacale. J’allais me promener au parc près de chez moi, je me couchais, somnolais, rêvais à des œufs au plat, des frites, des croissants… Sur le chemin allant au parc, croisant une pintade (oui, les pintades vivent libres en Afrique du Sud et vous en croisez sur la route comme vous croisez des pigeons en France, et j’adore ces timides volatiles), mon esprit affamé la transformait immédiatement en star de rôtisserie. Bref, en buvant beaucoup d’eau et en faisant appel à toutes les ressources de ma volonté, j’ai passé cette première journée tant bien que mal, mais fière de moi.

2e jour : Temps variable

Au matin du deuxième jour, je chancelais. Lorsque je posais le pied par terre, au saut du lit, je ne marchais pas droit et mes yeux me jouaient des tours, mixant étoiles et taches noires. Il paraît que c’est normal, je ne m’inquiétais donc pas. Je me recouchais et passais mon dimanche matin à visionner sur YouTube des vidéos sur le jeûne, histoire de me motiver. Contre toute attente, l’après-midi se passa formidablement bien. Je ne ressentais que très peu la faim, les vertiges étaient passés et j’avais soudain plein d’énergie. J’entreprenais donc de faire le ménage chez moi, puis allais me promener au parc. Le soir, très contente, je me disais que finalement, ce n’était pas difficile et j’envisageai la semaine à venir en toute confiance.

3e jour : Fin des opérations

Le lundi matin ressembla au dimanche matin, mais en plus fort. Je m’appuyais au mur pour ne pas tomber et je ne sais comment j’ai pu prendre ma douche. Il était absolument impossible de travailler, ni de prendre la voiture dans cet état. Je décidai donc de rompre le jeûne.
Le premier aliment que j’ai ingéré était une pomme. C’était certainement et objectivement une très bonne pomme, mais le plaisir qu’elle m’a procurée en fait la pomme la plus délicieuse que j’ai goûtée dans toute ma vie. J’ai encore en bouche la sensation de son jus sucré et très légèrement acide alors que je la croquais cérémonieusement. Ce moment où l’on se réalimente est toujours très particulier. À chaque fois, je me dis que c’est ainsi que je devrais manger tout le temps. Malheureusement, cet état de grâce dure peu et je retombe très vite dans mes travers, c’est-à-dire manger vite et sans réelle conscience (un truc à travailler dont je reparlerai).

Bilan de deux jours de jeûne

Vous dire que ces deux jours de jeûne ont suffi à me guérir de mes allergies ne serait pas honnête. J’ai depuis réitéré l’expérience, avec un jeûne de presque quatre jours (91 heures pour être précise), et d’autres de trois jours, deux jours et un jour. Je n’ai pas vécu depuis, d’épisodes aussi sérieux de rhinite allergique mais le terrain est toujours propice. Je peux dire que les choses se sont bien arrangées car les crises se font de plus en plus rares et sont moins fortes, mais je ne peux pas affirmer être débarrassée complètement de mes allergies.

Les effets inattendus

En revanche, j’ai réalisé très vite que quelque chose avait changé dans mon système digestif. Je souffrais à cette époque de douleurs et de ballonnements (oui, je sais, ce n’est pas sexy mais il faut bien en parler !) que j’acceptais avec fatalisme. En fait, cela faisait partie de ma vie depuis déjà quelques années et je n’imaginais pas avoir le pouvoir de changer ça. Quelques jours après ce premier jeûne, je réalisais que ces symptômes avaient disparu. Mon intestin retrouvait une nouvelle jeunesse. C’était un effet inattendu de l’expérience mais ô combien apprécié !

Trouver un compromis pour la suite

J’étais fière de moi. Avoir tenu le coup pendant deux jours alors qu’un mois auparavant, l’idée même de jeûner était inconcevable, était déjà une belle avancée. Je restais cependant sur ma faim (je ne l’ai pas fait exprès celle-là lol). Je n’oubliais pas que mon objectif, bien qu’un peu irréaliste pour un premier jeûne, surtout dans ces conditions, était de tenir une semaine. Mes différentes lectures m’avaient convaincue qu’un jeûne long était nécessaire pour soigner des allergies. Mais en même temps, je réalisais qu‘il est très difficile de jeûner en travaillant. Organiser un jeûne de plus de deux ou trois jours allait donc être compliqué. D’autre part, je n’envisageais pas d’utiliser mes pauvres quinze jours de congés par an pour jeûner (il y a des limites quant même !). Et oui, quinze jours ouvrés par an, c’est le minimum légal en Afrique du Sud et c’est ce à quoi nous avons droit dans mon entreprise (vive le droit du travail français !).

Le jeûne intermittent du spectacle

(Oui, oui, je sais, mon jeu de mot est nul mais c’est mon blog, je fais ce que je veux !)
Il fallait donc que je trouve un compromis, et je l’ai trouvé avec le jeûne intermittent qui consiste à ne rien manger pendant au moins 16 heures. Ce laps de temps minimum permet au système digestif de se reposer et crée, dans une moindre mesure, les conditions du jeûne dont le corps a besoin pour se guérir. Adorant le petit déjeuner et me réveillant toujours avec une faim de loup, il me semblait très difficile de faire ce qui était préconisé, c’est-à-dire sauter le petit déjeuner pour laisser 16 heures entre le dîner et le déjeuner. J’ai donc essayé dans un premier temps de sauter le dîner et j’ai vite laissé tomber, je n’arrivais pas à partir au lit le ventre vide, surtout quand je rentrais d’une bonne séance de yoga.

Hop hop hop, sauté, le petit déjeuner !

J’ai finalement choisi de me passer de manger le matin. J’imagine que beaucoup d’entre vous font la grimace à cette perspective. Et bien oui, je confirme, c’est tout à fait possible et si je l’ai fait, je pense que n’importe qui peut le faire. Bien sûr je bois du thé dans la matinée (prenez du café si c’est votre tasse de thé (Je suis en grande forme !)) et mon corps s’est très vite habitué à ce rythme et tient sans manger jusqu’à 13 heures sans problème. La façon dont on conditionne son esprit pour entreprendre de changer ses habitudes est de loin le point le plus important. Soyons décidés et le reste suivra.

Jeûne : à chaque fois une expérience nouvelle

J’ai renouvelé l’expérience du jeûne total trois fois depuis mon premier jeûne et à chaque fois l’épreuve est différente. Dix mois après le premier essai, je tentais ma chance au cours d’un week-end de quatre jours.

Pour cette deuxième fois, le premier jour fut facile, le second très difficile. J’éprouvais une fatigue immense, à tel point que je dus m’asseoir au milieu du chemin lors de ma balade au parc.

Me sentant en grande forme le troisième jour, je décidai de faire une randonnée de deux heures en forêt. Au retour, je ne retrouvai plus mes clefs de voiture et repartis faire le chemin en sens inverse pour tenter de les retrouver. Je marchais ainsi pendant quatre heures au total, sans éprouver de réelle fatigue. Pour la petite histoire, mes clefs m’attendaient gentiment sur une souche d’arbre non loin de ma voiture où une bonne âme les avait déposées.

Le quatrième jour, je n’étais pas faible mais la faim a montré à nouveau ses crocs et j’ai décidé de rompre le jeûne dans l’après-midi afin de me préparer en douceur à la reprise du travail le lendemain. Encore une fois, ce moment où j’ai à nouveau mangé fut tout simplement merveilleux. J’ai pris le temps, cérémonieusement, de préparer ma salade de tomates et d’avocats, me suis installée à l’extérieur et j’ai savouré lentement chaque bouchée.

Il est curieux de constater que plus je me nourris, plus j’ai tendance à me jeter sur la nourriture alors qu’après trois jours de diète, je prend le temps de déguster chaque bouchée.

Le jeûne est-il dangereux ?

On entend souvent qu’il est dangereux d’entreprendre seul un jeûne. Si vous souffrez d’une pathologie particulière, un suivi médical s’impose et si vous en avez les moyens, un séjour dans un centre spécialisé serait l’idéal (voir le film cité plus haut). À défaut de moyens financiers adéquats pour séjourner dans ce genre de structure médicalisé, peut-être pouvez-vous trouver un médecin ouvert d’esprit qui acceptera de vous accompagner dans cette aventure ?

Si vous ne souffrez d’aucune pathologie et que vous jeûnez quelques jours, je ne vois pas très bien où est le problème. Allez-vous tomber raide, mort de faim, tout seul au fond de votre cuisine ? Certainement pas. Allez-vous développer une maladie grave incurable ? Fort peu probable.

Je ne vous relate ici que mon humble expérience qui s’est révélée très positive. Vous pouvez trouver sur le web des centaines de témoignages en ce sens qui sont autant de preuves des bienfaits de cette thérapie.

Est-ce difficile de jeûner ?

Fortifier le mental

On ne va pas se voiler la face, oui c’est dur de ne plus manger. Pour moi, le principal obstacle est mental. Bien sûr, on ressent très fortement la faim à certains moments, mais finalement, en buvant beaucoup d’eau, cette sensation peut être trompée. En revanche, votre esprit ne vous laissera pas tranquille, vous envoyant régulièrement de belles images de plats plus succulents les uns que les autres. C’est une belle épreuve pour la volonté dont ont ressort fier.

La crise d’acidose

Physiquement, les sensations provoquées par la crise d’acidose, peuvent être assez, voire très désagréables. Cette phase, qui survient environ 36 heures après le début du jeûne, est provoquée par la cétose, l’adaptation du corps à la privation de glucose. Nausées, maux de tête et grande fatigue sont les principaux symptômes de cette crise. Si votre alimentation habituelle est riche en sucre, cette crise pourra être très forte. La bonne nouvelle, c’est que ça passe ! Il faut juste être prévenu et s’attendre à passer ce mauvais moment, pour la bonne cause : un corps débarrassé de ses déchets, un système digestif reposé et nettoyé.

Nettoyer son corps comme le moteur de sa voiture

Nous changeons régulièrement les filtres de notre voiture, n’est-ce pas ? Et nous savons que si nous ne le faisons pas, la performance de notre véhicule, tout comme sa longévité, seront moindre. Il se pourrait même que l’on ait de sérieux problèmes à moyen ou long terme. Alors, pourquoi ne pas considérer notre corps comme notre véhicule dans cette vie et lui porter autant d’attention que nous en portons à notre automobile ?

Je n’ai pas à ce jour jeûné plus de 3 jours et demi. J’espère pouvoir faire un jeûne d’une semaine dès que mon emploi du temps me le permettra. En attendant, le jeûne intermittent que je suis depuis plus de trois ans, ajouté à un ou deux jeûnes de deux ou trois jours par an, me permettent de faire ce nettoyage régulier du corps, garant d’un bon entretien et donc d’une meilleure santé.


Êtes-vous intéressé par un article plus approfondi sur le jeûne, sur la façon de s’y préparer et de le vivre au mieux ? Si oui, dites-le moi dans un commentaire ci-dessous. Je me ferai un plaisir de le préparer pour vous.


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