Phobie sociale et kiinésiologie

Phobie sociale et kinésiologie – 2

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La première partie de cet article est consultable ici : Les autres [Phobie et kinésiologie (1re partie)]

Presque un an après l’histoire racontée dans le précédent article, j’avais alors changé de logement et de travail, un autre incident, en apparence beaucoup moins important que le premier événement, servit de déclencheur pour que je me décide à demander de l’aide, en l’occurrence à une kinésiologue.

La tête à l’ouest, les jambes à l’est

Je travaillais dans un département composé d’anglophones et de francophones. Bien qu’arrivée en Afrique du Sud presque deux ans auparavant, mon niveau d’anglais n’avait pas énormément progressé et je peinais parfois à comprendre certaines personnes. Au travail, j’échangeais principalement avec les Français, et en dehors du travail je parlais surtout avec ma fille, en français donc. Mon manque de confiance en moi ne me poussait pas à pratiquer l’anglais et j’essayais donc de minimiser mes contacts avec les anglophones.

Do you speak English ?

Dans ce service, l’équipe anglophone était chapeautée par une anglaise, avec un magnifique accent british. Elle était plutôt sympathique (c’est drôle car je viens de me rendre compte, en écrivant, qu’elle ressemblait physiquement à Sœur Sourire (celle dont je parle dans l’article précédent, pas la vraie Sœur Sourire ! :-)). Hum ! Bizarre, bizarre !). C’était quelqu’un qui semblait gentil. Pourtant, je n’étais pas à l’aise avec elle et c’était dû en grande partie au fait que je ne comprenais pas un traître mot de ce qu’elle me disait.

Concentration extrême

Chaque fois que je devais lui parler, pour un sujet relatif au travail bien sûr, je me mettais la rate au court-bouillon. Mes conversations avec elle étaient sous-tendues par une concentration extrême, complètement sabotée par ma panique. En essayant de saisir quelques mots pour composer peu ou prou un sujet cohérent, je tentais de prendre l’air détaché de celle qui a tout compris, à qui rien n’échappe (pas sûre que j’y aie réussi !). Bref, c’était un calvaire et un gouffre où s’engloutissait toute mon énergie.

Courage, fuyons !

Un soir, l’Anglaise en question eut un problème avec sa voiture au moment de partir. Elle revint au bureau pour essayer de trouver quelqu’un qui aurait des câbles de démarrage. Lorsque je sortis à mon tour, un petit moment plus tard, je la vis, appuyée à sa voiture, visiblement en train d’attendre quelqu’un. Elle était juste à une vingtaine de mètres de moi et elle regardait dans ma direction. Elle me fit un petit signe auquel je répondis.

Et là se passa un truc très bizarre. Spontanément, je voulais aller vers elle, pour savoir si elle attendait un mécano ou son mari, pour savoir si elle savait d’où venait la panne, pour papoter quoi ! Et mes jambes décidèrent autre chose pour moi. Mon esprit allait vers elle, et mes jambes partaient dans la direction opposée. Alors que je partais vers ma voiture, mon cœur battait à tout rompre et je me répétais : « Mais pourquoi tu t’en vas, pourquoi ? Retourne-toi et va la voir, il est encore temps ! ».

Évidemment, plus je marchais et plus il devenait incongru de repartir dans sa direction. Je rentrai dans ma voiture et partis, complètement affligée par mon attitude. Vu de l’extérieur, cette anecdote peut paraître insignifiante, mais pour moi ce fut l’expérience de trop. Je me suis dit que là, il fallait vraiment que je fasse quelque chose. Réaliser soudainement que mon corps faisait l’opposé que ce que voulait mon esprit, tout ça par peur de parler à quelqu’un, c’était vraiment trop.

Le lendemain, j’appelais une kinésiologue dont on m’avait très souvent parlé. Elle était réputée notamment pour aider les personnes victimes d’agression à surmonter le traumatisme. Je n’étais pas sûre qu’elle pourrait faire quelque chose pour moi, mais c’était la seule issue que j’entrevoyais à ce moment-là.

Qu’est-ce que la kinésiologie ?

Attention ! Je ne veux pas m’attirer les foudres de certaines personnes. En fait, quand je parle de kinésiologie, il s’agit de kinésiologie appliquée. Contrairement à la kinésiologie tout court, qui étudie les mouvements et les postures du corps (humain et non humain) d’un point de vue biomécanique, articulaire et musculaire (merci Wikipédia), la kinésiologie appliquée fait partie des méthodes de soin non conventionnelles, donc non reconnues par la sphère de la médecine conventionnelle.

Cette méthode a été mise au point par un médecin chiropracteur américain dans les années 60. La découverte de base est que l’état de santé d’une personne, que ce soit sur le plan psychologique, structurel ou émotionnel, se reflète dans le tonus musculaire. Le corps gardant en mémoire le stress que l’individu a éprouvé à un moment donné de sa vie, ce stress mémorisé par le corps se traduit par une baisse du tonus musculaire.  Cela peut entraîner par la suite des phobies, des blocages, des douleurs et autres joyeusetés.

Pour découvrir d’où vient notre problème, le kinésiologue se sert d’un test musculaire qui permet de dialoguer avec notre corps et notre cerveau. Les variations de tonus musculaire, en réponse à des interrogations, vont ainsi permettre au praticien d’obtenir des informations « gravées » dans nos muscles. Pour ensuite corriger le problème, le kinésiologue peut utiliser différentes méthodes : l’EMDR (mouvements oculaires), la digitopression, etc.). En savoir plus sur la kinésiologie appliquée.

La mémoire du corps

Françoise, la thérapeute, me fit allonger et me demanda la raison de ma visite. Puis, elle commença, en tenant mon poignet, à marmonner des choses tout en observant en face d’elle un dessin représentant une roue. À un certain moment, elle me dit : « Il s’est passé quelque chose à l’âge de 7 ans. Ce n’était pas à la maison. C’était à l’école. »

Je réfléchis quelques secondes. À l’âge de sept ans, j’étais donc en CE1. L’événement en question ne mit pas longtemps à remonter à la surface. Il était toujours resté un souvenir vivace.

Empreintes de honte

Lorsque j’étais à l’école primaire, j’avais plutôt la cote avec les maîtresses et les maîtres. J’étais bonne élève, bien sage, et j’étais même parfois carrément la chouchou (oui, je sais c’est mal !). Mais ce n’était pas le cas avec Mme B. Elle n’était pas gentille, elle me faisait peur. J’imagine qu’elle ne devait pas trop aimer son métier.

J’ai su plus tard que ma sœur, de neuf ans mon aînée, gardait un souvenir assez terrible de son passage dans sa classe. Elle revenait à la maison avec, en guise de preuves auprès de ma mère, les poignées de cheveux que Mme B. lui avait arrachées. Une autre époque.

Bref, sans vouloir accabler cette institutrice, paix à son âme (j’imagine qu’elle n’est plus de ce monde car elle était déjà plus âgée que tous les autres instits), le personnage n’était donc pas très plaisant.

Trop tard !

Bref, un jour je demandais à aller aux toilettes pour une envie pressante. Mme B. refusa et me dit que je pouvais bien me retenir jusqu’à la fin du cours. Et bien non, je ne pouvais pas. Je sentis le pipi chaud couler entre mes jambes tandis qu’une flaque se formait sous mon siège à lattes de bois. J’étais tétanisée. Lorsque la cloche sonna et que je me levai pour partir, honteuse, l’empreinte de mes chaussures qui avaient baigné dans le pipi me poursuivit, comme la dénonciation de ma faute.

Je n’avais jamais oublié cet événement, mais je n’aurais jamais fait le rapprochement avec mon état émotionnel d’adulte. Comment avait-elle fait pour découvrir si précisément ce fait ? Ce fut donc le premier élément déclencheur, un mélange d’humiliation, de sentiment de rejet et de honte.

Elle détecta un événement du même genre à l’âge de 24 ans, mais au moment où j’ai fait cette séance, aucun souvenir marquant ne m’était venu en tête. C’est en écrivant cet article, soit trois ans et demi après, que j’ai fait le rapprochement avec un incident qui s’est précisément passé alors que j’avais 24 ans.

And now, Ladies and Gentlemen…

Je suivais pendant quelques mois une formation pour adultes avec l’AFPA, censée faire de nous des commerciaux dans le tourisme. Dans le cadre de la mise en pratique des cours, je fus amenée à faire la promotion d’un spectacle son et lumière auprès des nouveaux arrivants d’un village vacances. La soirée de bienvenue avait pour but de présenter aux vacanciers toutes les activités proposées par le centre pendant la semaine et le spectacle son et lumière en faisait partie.

Plus de son, plus de lumière !

Les différents animateurs se succédaient sur scène pendant que je répétais les quelques mots que j’avais préparés pour ma présentation. Je demandais innocemment combien de personnes étaient présentes dans la salle et on m’annonça qu’ils étaient environ cinq cents.

Je ne sais pas si ce chiffre joua sur mon état d’esprit, mais quand j’entendis le présentateur annoncer mon nom et m’inviter à le rejoindre sur scène, je restais pétrifiée dans les coulisses. Il m’appela plusieurs fois tandis que deux ou trois personnes autour de moi me disaient : « C’est à toi, c’est à toi ! ». Et moi je disais : « Je ne peux pas, je ne peux pas ».

Lorsque finalement l’animateur laissa tomber l’affaire, je sentis un grand soulagement, mais j’étais également submergée par la honte. Honte de ne pas être allée au bout de mes engagements, honte d’avoir été tétanisée par la peur alors que quelques minutes avant je plaisantais et je me la jouais « bien dans ma peau ». Mensonges.

Tentative de suicide in-utero

(Je sais, le titre est de mauvais goût, mais je suis en panne d’inspiration.)

Enfin, la kinésiologue m’annonça que j’avais failli mourir dans le ventre de ma mère, par le cordon ombilical enroulé autour de mon cou. Pour elle, ce stress originel de la mort frôlée par étouffement, combiné à celui créé par l’humiliation subie à l’école, avait donné lieu à une combinaison délétère où humiliation, honte et peur du rejet se mêlaient à la peur panique inconsciente de la mort.

La honte, la peur, la mort

Ce charmant mélange faisait qu’en situation d’insécurité où je sentais que je pouvais revivre une humiliation, mon corps réagissait comme s’il était face à un danger mortel. Ça se traduisait la plupart du temps par la fuite, ou tout simplement en étant paralysée par la peur et en devenant muette. Le fait de rester sans voix, selon la thérapeute, était corrélé à la mémoire de mon corps pour qui la mort était liée à l’étouffement. Les situations de stress du même ordre répétées au cours de la vie, ne faisaient que renforcer à chaque fois un peu plus le sillon originel.

EMDR : Les yeux au secours du cerveau

L’une des techniques utilisées par les kinésiologues pour « débloquer » le cerveau est l’EMDR (eye movement desensitization and reprocessing ou désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires). En bref, cette technique consiste à faire faire au patient des mouvements oculaires qui vont stimuler le système nerveux parasympathique pour permettre au cerveau de faire son travail naturel d’autoguérison et ranger le souvenir traumatique. En savoir plus sur l’EMDR.

Cette méthode est couramment utilisée pour « réparer » les personnes ayant subi un stress post-traumatique comme des soldats ou des victimes d’attentats. Mais elle est également utile pour traiter tous types de traumatismes émotionnels auxquels nous sommes tous confrontés à un moment ou à un autre de notre vie.

Françoise, la thérapeute, me demanda de suivre du regard son doigt qu’elle déplaçait de gauche à droite, et très souvent vers le coin supérieur droit, tout en me faisant répéter certaines phrases (j’avoue que j’ai complètement oublié quelles étaient ces phrases).

À la fin de la séance, elle fit une sorte de contrôle des réactions de mon corps et m’annonça qu’il n’était pas nécessaire que je revienne. « Je ne vous dis pas que vous allez devenir subitement quelqu’un d’extraverti, mais au moins, vous ne ressentirez plus ce blocage irrationnel qui vous laissait sans voix et vous faisait prendre la fuite. »

Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre

Et c’était bien vu. Je ne suis pas devenue une autre personne. Je ne suis pas devenue la boute-en-train qui a toujours envie de sortir. En revanche, je peux affirmer que j’ai réellement senti la différence dans certaines circonstances qui, quelques temps auparavant, m’auraient fait rentrer illico-presto dans ma coquille.

Peu après ma visite chez la kinésiologue, nous avons organisé au travail un déjeuner commun, comme nous le faisions une fois par mois. Là, alors que nous étions toutes en cercle, je me suis surprise à prendre la parole, en anglais, devant toutes mes collègues. Mon anglais était loin d’être parfait (c’est un euphémisme), une dizaine de paire d’yeux étaient tournés vers moi et… Même pas peur !

Quelque chose s’était débloqué. Je pouvais presque physiquement le sentir. De l’extérieur, ce n’était presque rien, mais intérieurement, c’était un grand pas pour mon humanité.


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